Mat du berger : une ouverture pour débutant (presque) imparable

Mat du berger : l'ouverture qui rend fou les débutans

Comme beaucoup d’autres joueurs, j’ai, à mes débuts, fait les frais de l’une des ouvertures les plus fulgurantes aux échecs : le mat du berger ! Si vous avez déjà un peu avancé dans votre apprentissage du jeu ou si vous avez fait quelques recherches, vous en avez déjà sûrement entendu parler.

Si ce n’est pas le cas, alors arrêtez tout de suite ce que vous faites et lisez attentivement ce billet dans lequel je vous explique clairement en quoi consiste ce mat fulgurant. Vous pourrez ainsi tenter de l’infliger aux joueurs peu avertis pour remporter des parties express.

Bien entendu, je vous révèle également comment le parer. Vous pourrez ainsi éviter la gêne et la frustration que peut occasionner ce genre de mat qui fait partie des enseignements incontournables aux échecs.

Le mat du berger c’est quoi ?

Selon les pays et les langues, le mat du berger possède plusieurs appellations. De même, comme c’est souvent le cas, les théories sur l’origine de ce nom sont nombreuses, et pas toutes très claires.

Origines et explications du nom

Les Anglais l’appellent par exemple le « Scholar’s mate » (mat de l’écolier), tandis que les Russes utilisent le terme de « mat de l’enfant ». Sous d’autres cieux, on rencontre également d’autres expressions comme « mat du cordonnier » ou encore « mat du barbier ».

Cependant, de tous ces noms, les expressions « mat du berger » et « coup du berger » restent les plus fréquemment utilisées.

Certains disent qu’il proviendrait du fait qu’il a été joué par un berger qui prétendait être novice aux échecs, afin de battre un joueur d’un niveau plus élevé qui se vantait de sa grande connaissance du roi des jeux. D’autres pensent, par contre, que le nom serait probablement dû au fait qu’il survient très vite au cours de la partie d’échecs, comme l’étoile du berger en début de nuit.

De façon concrète

Ces différentes tentatives d’explication se rejoignent sur plusieurs points, dont notamment, la fulgurance de la fin de la partie et le manque d’attention du joueur victime de la technique.

Ce qui nous amène à la définition suivante : le mat du berger est un mat administré en quelques coups à l’aide de la dame positionnée en f7 (pour les Blancs), sortie de façon précoce et soutenue par son fou de cases blanches développé en c4.

Comment faire le mat du berger avec les Blancs ?

Le principe de base du mat du berger est de profiter rapidement de la faiblesse du pion noir positionné sur la case f7 qui, au début de la partie, n’est défendu que par son roi.

Dans le schéma classique menant à un mat du berger, les Blancs commencent la partie en développant leur pion e2 en e4, avec pour objectif d’occuper le centre. Les Noirs suivent le même raisonnement en déplaçant leur pion e7 en e5. Les Blancs continuent leur développement sans dévoiler leur plan en sortant leur fou de cases blanches en c4 pour attaquer le pion faible f7.

Contre le coup 2.Fc4, les noirs doivent déjà se poser des questions sur leur pion f7 attaqué par le fou et préparer sa défense. S’ils décident quand même d’ignorer ce début de menace et de continuer leur développement en déplaçant par exemple leur pion d7 en d6, les blancs jouent alors le coup caractéristique de leur attaque qui va à l’encontre des principes de l’ouverture. Ils déplacent leur dame en h5 en faisant 3. Dh5 (ou Df3 dans certaines variantes).

Ce coup surprenant doit normalement alerter, une fois de plus, les noirs, car leur pion faible f7 est désormais attaqué deux fois et défendu uniquement par le roi. Leur prochain coup détermine la réussite ou non du coup du berger. S’ils jouent sans réfléchir ou se disent qu’il faut se développer en faisant Cf6 ou un autre coup comme c6, c’est la catastrophe !

Les blancs dévoilent leur plan vicieux en capturant le pion f7 avec leur dame, et ipso facto, font échec et mat. Les Noirs ont alors joué à peine quelques coups, et n’ont même pas eu le temps de roquer !

Le mat du berger avec les Noirs

Bien qu’ils ne jouent pas le premier coup de la partie, les Noirs aussi ont la possibilité de faire le mat du berger aux échecs.

Le principe est le même, avec une attaque ciblant, cette fois-ci, le pion faible en f2 qui est défendu uniquement par le roi blanc en début de partie. Après les coups initiaux, les noirs lancent alors leur fou à l’assaut en faisant Fc5.

Si, manquant de vigilance, les Blancs n’organisent pas leur défense et continuent de se développer pour essayer de contrôler le centre en jouant 3.Cc3 par exemple, les Noirs peuvent tenter le coup du berger en positionnant leur dame en h4 (Dh4).

Tout coup des blancs pour attaquer la dame se heurte alors à une réponse qui met fin à la partie par 4….Dh7#

Comment contrer le mat du berger ?

Pour qui ne le maîtrise pas, le mat du berger peut sembler presque imparable. Néanmoins, une fois cette technique maîtrisée, la contrer est assez facile. Pas besoin d’être un Grand Maître pour cela.

En fait, le coup du berger a cela de vicieux et furtif que si vous essayez, par exemple, de suivre les principes de base d’une ouverture classique sans faire attention aux coups de votre adversaire, vous pouvez vite vous faire avoir.

Il est donc important de garder à l’esprit que les échecs se jouent à deux, et ce, dès le début de la partie. Ainsi, à chaque coup de votre adversaire, vous devez vous demander :

  • Quelle idée se cache derrière ce coup ?
  • Quelle pièce de mon camp est attaquée directement par ce coup ?
  • Quelle pièce de mon camp est attaquée indirectement par ce coup ?
  • Ce coup est-il un bon coup ?
  • Quelles sont les possibilités d’échec de mon adversaire dans la position ?

En vous posant ces questions qui font partie des bases du jeu d’échecs, vous évitez la majorité des erreurs commises en début de partie, faute d’attention. Après avoir réfléchi à votre réponse, vous devez aussi vous demander :

  • Quelle idée se cache derrière mon coup ?
  • Quelle est la meilleure réponse possible de mon adversaire ?
  • Est-ce que ce coup affaiblit une de mes pièces qui peut être capturée gratuitement ?
  • Est-ce que mon coup met mon roi en danger ?

Une fois que vous êtes sûr que votre réponse ne présente aucun danger pour votre position, vous pouvez alors jouer votre coup.

Ainsi contre le mat du berger, dès que l’adversaire joue 2.Fc4 (ou 2….Fc5 pour les noirs), vous devez déjà être alerte sur la faiblesse de votre case f7. Si votre adversaire sort ensuite sa dame, vous devez tout de suite couper l’accès de la case f7 à la dame ou ramener une deuxième pièce pour protéger votre case faible.

Pour cela, vous avez plusieurs possibilités :

  • Jouer pion g7 en g6 pour attaquer la dame ;
  • Sortir votre dame en e7 pour protéger la case f7.

 

Dans le premier cas, il faut néanmoins faire attention à la réponse Df3 qui continue d’attaquer la case f7 et de menacer mat. Si l’adversaire insiste avec ce coup, vous devrez alors barrer à nouveau la route de la dame en sortant par exemple votre cavalier en c6.

Bien entendu, pendant que vous faites en sorte de parer le coup du berger, il est important de ne pas vous laisser distraire. En effet, certaines ouvertures rapides se cachent parfois derrière une fausse tentative de mat du berger, mais ont en fait, pour réel objectif d’affaiblir vos défenses pour le reste de la partie.

Pour conclure

A l’instar des autres mats en quelques coups comme le mat du lion, le mat du berger est assez amusant. Tout bon joueur d’échecs doit impérativement l’apprendre pour l’essayer quand l’opportunité se présente, ou tout simplement pour éviter d’en être victime.

Si votre adversaire le tente et que vous parvenez à bien le contrer, vous prenez tout de suite un avantage dans la partie, car il aura perdu beaucoup de temps et devra payer le prix de l’échec de son attaque.

Pour bien poursuivre la partie et consolider cet avantage, il vous restera alors à mettre en pratique, les différentes stratégies que vous aurez apprises dans les cours en ligne ou dans les livres d’échecs que je vous recommande sur ce blog.