[Livre] Les échecs comme clé de l’énigme : « Les sentiers de la vérité » vous entraîne dans un jeu mortel

Les sentiers de la vérité : une enquête palpitante qui joue avec les règles des échecs

Les échecs ont souvent inspiré les auteurs, notamment sur les aspects techniques, les phases d’ouverture, les stratégies de développement ou bien encore les finales. Mais ce sport cérébral est aussi une source d’inspiration pour des auteurs de fiction. Avec Les sentiers de la vérité, Francis Van Gured nous livre un thriller passionnant et joue avec ses lecteurs en les plongeant dans un univers échiquéen propice aux intrigues et au suspense.

Focus sur Les sentiers de la vérité : thriller haletant où les échecs tiennent lieu de personnage

L’histoire en quelques lignes

Alors qu’on le soupçonne d’avoir enlevé une trentaine de personnes et de vouloir les assassiner à des fins de déstabilisation politique, Andréa Davenport se voit contraint de prendre la fuite pour prouver son innocence. Mais qui cherche donc à lui faire porter le chapeau pour ces crimes ignobles ? Telle est la question à laquelle devra répondre le jeune homme pour pouvoir espérer retrouver sa liberté. Dans une course contre la montre qui le mènera de Paris à Vaduz en passant par Dublin, Genève ou bien encore Dallas, le fugitif pourra compter sur l’aide de Melissa Bonnefeuille, sa complice d’infortune. Ensemble, ils vont se lancer à la poursuite de la mystérieuse Caïssa, déesse vénérée des échecs, après avoir rassemblé les indices dont ils disposent et résolu les énigmes qui leur sont adressées.

Les échecs comme décor du livre

Au fil des pages, l’univers des échecs s’impose comme un personnage à part entière. Les références, variées et pertinentes, font la part belle à l’histoire de ce sport, dans ses aspects réels mais aussi mythologiques. Du grand Philidor aux géniaux Bobby Fisher et Gary Kasparov, en passant par la FIDE les clins d’œil à l’univers échiquéen sont nombreux. Mais que les novices se rassurent : il n’est pas nécessaire de savoir jouer aux échecs pour  prendre plaisir à lire ce livre. L’auteur prend soin d’expliquer pas à pas la progression de l’intrigue. Quant aux plus érudits, ils se réjouiront de certains passages, en se remémorant des exploits échiquéens rentrés dans les annales, comme la partie jouée entre Geoff Chandler et Richard Kynoch lors des championnats d’Edimbourg en 1981.

Parmi les moments forts du livre, figure sans conteste la traque de Caïssa, divinité tutélaire personnifiant les échecs et représentant (avec beauté et grâce) la chance. Francis Van Gured y consacre de nombreux chapitres, allant jusqu’à lui conférer une apparence humaine et à lui faire tenir un rôle central dans l’intrigue du roman. En lançant son héros à sa poursuite, l’auteur invite le lecteur à s’intéresser à cette divinité et à replonger dans la mythologie échiquéenne. Réalité et légende s’entremêlent alors.

Les échecs à travers l’Histoire et l’art

Caïssa : une légende parfois méconnue des joueurs d’échecs

Selon la légende, le destin de Caïssa serait intimement lié à celui de Mars, le Dieu des guerriers. Tombé amoureux de cette jolie nymphe, Mars aurait tenté de la séduire…avec des résultats pour le moins désastreux. C’est alors qu’Euphron, le frère de Vénus et Dieu du sport lui serait venu en aide. Il aurait mis au point le jeu d’échecs afin que Mars puisse en faire offrande à Caïssa et ravir par la même occasion son cœur. Si la légende est jolie, elle n’en demeure pas moins approximative.

Caïssa : la naissance d’un mythe antique…à l’époque moderne

Caïssa, on le sait, est le visage des échecs et symbolise la chance. Mais sa légende est bien moins lointaine que ce que l’on pourrait penser de prime abord. Alors autant briser le mythe sans attendre : la légende de Caïssa ne remonte pas à l’Antiquité, mais au 18ième siècle, et à 1763 pour être précis.  Son invention ne doit rien au hasard, puisqu’elle est issue de l’imagination d’un jeune homme aux multiples talents. William Jones n’est encore qu’un adolescent lorsqu’il invente de toutes pièces cette légende de Caïssa, déesse des échecs. Pour lui donner vie, celui qui plus tard deviendra un orientaliste de renom va écrire le poème Caïssa : Or The Game of Chess, et c’est à cette occasion qu’il inventera la légende selon laquelle l’invention des échecs serait une preuve d’amour  de Mars envers Caïssa, par l’entremise d’Euphron. Rappelons tout de même que cette légende permet d’imbriquer l’Antiquité grecque à l’Antiquité romaine. En effet, Caïssa est décrite dans ce poème comme une nymphe de Thrace, tandis que Mars et Euphron sont des dieux romains. Une façon peut-être d’asseoir la légitimité d’un mythe… Qui en est dépourvu.

Scacchia Ludus à l’origine du poème de William Jones

Si Caïssa est une invention venant de nulle part, le poème qui lui est dédié puise sa source dans une autre œuvre bien plus ancienne, puisque datant de la Renaissance. Pour écrire son poème en l’honneur de Caïssa et du jeu d’échecs, William Jones s’est inspiré d’un artiste de renom qui avait consacré une œuvre entière au Roi des jeux. Cet artiste s’appelait Marco Girolamo Vida, et son poème, composé de 658 vers, s’intitulait Scacchia Ludus ou De Ludo Scacchiorum. Publié en 1527, il était question alors de la pratique des échecs, et uniquement de ça. Cette discipline venue d’Asie connaissait un grand succès en Europe à cette époque, et méritait bien qu’on lui consacre quelques vers.

Un tableau de Domenico Maria Fratto pour rendre hommage à Caïssa

Caissa, déesse des échecs

Caïssa, une œuvre de Domenico Maria Fratto

Les poètes comme William Jones ne sont pas les seuls artistes à avoir rendu hommage à Caïssa, puisque des peintres s’y sont aussi essayés. Parmi eux, il est possible de citer Domenico Maria Fratto. Son illustration de Caïssa, citée par Francis Van Gured dans Les sentiers de la vérité, a grandement contribué à populariser cette figure tutélaire, permettant aux joueurs d’échecs du monde entier de s’identifier à elle.

Histoire, stratégie, anecdotes :  A History of Chess, véritable encyclopédie des échecs

Publié en 1913, A History of Chess est d’une certaine façon la Bible du jeu d’échecs. Harold James Ruthven Murray (ou HJR Murray pour les intimes), son auteur, a passé plus de 13 ans de sa vie à travailler sur cet ouvrage monumental pour retracer tout ce qu’il convient de savoir sur le Roi des jeux. Depuis ses premières versions telles que connues en Inde au 7ième siècle (on parlait alors de Chaturanga) jusqu’au début du 20ième siècle, ce sont 1400 ans d’histoire et de pratiques qui sont couchées sur plus de 900 pages. Et plus de 100 ans après sa publication, l’ouvrage continue à faire référence dans la communauté des joueurs d’échecs comme dans celle des historiens de ce sport.

Bien d’autres références aux échecs présentes dans Les sentiers de la vérité

Toutes les références échiquéennes précédemment citées figurent dans le roman de Francis Van Gured. Mais elles ne sont pas les seules, loin s’en faut. Il est également question de joueurs légendaires tels que Bobby Fisher et Gary Kasparov, mais aussi de la Fédération Internationale Des Échecs (la FIDE), du célèbre Cercle Caïssa, un club qui a remis Paris au centre du jeu au siècle dernier, et de bien d’autres choses encore. Vous l’aurez compris, Les sentiers de la vérité est un thriller où les échecs jouent un rôle primordial. Andréa Davenport, le héros, y est assimilé d’une certaine façon, à un simple pion que son mystérieux antagoniste prend plaisir à bringuebaler de droite à gauche, comme pourrait le faire un champion en pleine maîtrise de sa partie. Mais n’oublions pas cependant, pour paraphraser Philidor, que « le pion est l’âme des échecs ».

Quelques mots sur l’auteur : Francis Van Gured

Faire une présentation de l’auteur des Sentiers de la vérité serait quelque peu hasardeux pour la simple et bonne raison que Francis Van Gured reste discret. Trop peut-être. Aucune information ou presque ne filtre sur lui. Pas de site internet. Aucune activité connue sur les réseaux sociaux. Rien. L’auteur demeure une énigme et semble peu enclin à montrer ne serait-ce que son visage ou dévoiler quoi que ce soit sur sa vie. Tout juste sait-on qu’il a concocté une énigme (échiquéenne bien sûr) pour ses lecteurs. Celle-ci figure à la toute fin de son livre, en dessous d’une illustration représentant une vue aérienne de Paris, et qu’il a dessinée lui-même. Avis aux amateurs. Peut-être découvriront-ils quelque chose d’intéressant sur l’auteur…

Avec son sens du rythme, ses nombreuses énigmes et ses références variées au monde des échecs, le livre de Francis Van Gured devrait plaire aussi bien aux amateurs de beau jeu qu’aux passionnés d’Histoire. Débutants et joueurs chevronnés devraient y trouver leur compte.

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